Projet "Emergence en Recherche" - IDEX Université de Paris 2019-2020
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L'air du temps. La chanson et l'histoire, entre poétique et politique

Responsable du projet: Jean Vignes

Le séminaire "L'air du temps" réunit des spécialistes de disciplines diverses (littérature, histoire, musicologie, sociologie, etc.) autour de la chanson, son rôle social et politique, sa place dans les mémoires, notamment dans l'historiographie, des origines à nos jours. 

Le financement IDEX (octroyé pour la seule année 2019-2020, et éventuellement renouvelable en 2020-2021) est conçu pour permettre l’amorçage de projets plus ambitieux et à plus long terme. Dans ce laps de temps limité, les objectifs immédiats du séminaire seront nécessairement modestes. Il s’agira dans un premier temps d’identifier des personnes intéressées et disponibles pour s’engager à plus long terme dans un projet interdisciplinaire sur les questions indiquées. L’une des priorités sera d’établir en commun une bibliographie de base des (meilleurs) travaux sur le sujet, qui n’existe pas à ce stade.

Pour créer les conditions de l’interdisciplinarité, on envisage par ailleurs de privilégier les études de cas qui permettent de croiser sur un objet précis le regard de différentes disciplines (on focalisera l’attention sur un petit nombre de chansons d’époques diverses, soigneusement choisies).

On tentera de compléter au fil des travaux collectifs le champ et la méthode de la « cantologie » proposée par S. Hirschi, en soulignant davantage la dimension historique et politique de la chanson, sans oublier ses usages rituels, sociaux, religieux, au cœur de la « cité », de Pindare au rap en passant par les griots.

L’objectif est de rendre compte aussi précisément que possible d’une expérience individuelle et collective de la chanson, attentive aux enjeux politiques et sociaux du genre, sur la base d’études de cas précis.

Contact: jean.vignes@univ-paris-diderot.fr

Calendrier prévisionnel du séminaire L'air du temps:

Séance 1. Le mardi 12 novembre 2019, 18h-20h : PDF iconcompte-rendu L'air du temps Séance 1 (789.32 KB)

Séance 2. Le lundi 2 décembre 2019, 17h-19h : PDF iconcompte rendu L'air du temps Séance 2 (691.85 KB)

Séance 3. Le mardi 14 janvier 2020, 17h-19h

La 3e séance de notre séminaire se tiendra en salle Pierre Albouy le 14 janvier 2020, de 17 à 19 heures. Nous aurons le plaisir d'accueillir notre collègue Stéphane Hirschi (U.P.H.F. Valenciennes), qui présentera une conférence intitulée: "25 ans de cantologie. Bilan et perspectives".

Réunion. Sous la conduite de Paule Petitier, avec la collaboration de l'historienne Tatiana Debaggi-Baranova (Sorbonne Université) et Jean Vignes, une première réunion constituante de l'axe "Chanson, mémoire et temporalité" aura lieu le mardi 28 janvier 2020 de 10h à 12h dans la Bibliothèque Seebacher (Grands Moulins de Paris, aile A, 2e étage, à côté du Bureau des Relations internationales).

Séance 4. Le mardi 4 février 2020, 18h-20h (salle Pierre Albouy)

Pour cette 4ème séance, nous aurons le plaisir d'écouter Judith le Blanc (Université de Rouen) qui présentera une conférence sur le sujet suivant : "Le vaudeville, quintessence de la chanson au XVIIIe siècle ?".

SEANCE REPORTEE 

Séance 5. Le mardi 10 mars 2020, 18h-20h

Nous ferons le point des projets en cours :

1) préparation de notre colloque "Chanter sur l'air de..." (28-29 septembre 2020)

2) préparation d'un numéro de la revue Ecrire l'histoire (2021) sur la chanson.

Nous écouterons surtout la conférence de notre collègue Dariusz Krawczyk (Université de Varsovie) : Chanson et politique en Pologne des années 1960-1989

 « Il y a une demande massive pour la musique jeune. Il faut donc augmenter les valeurs artistiques et didactiques de cette musique. » Rapport policier après un festival en 1978

S’intéresser à la question des relations entre la chanson et la politique en Pologne à l’époque communiste (1945-1989) permet de poser un certain nombre de questions qui peuvent être pertinentes aussi dans d’autres contextes et d’autres époques. Parce que tout pouvoir qui ambitionne de s’immiscer dans le quotidien, influencer la vie et les manières de penser pour produire un citoyen modèle, est un pouvoir qui va réserver à la musique un rôle culturel, social et politique. Il en était ainsi de la chanson populaire (rock’n’roll, rock, blues, punk, et bien sûr pop) dans la Pologne sous la démocratie populaire à partir des années 1960 jusqu’à la fin de l’époque communiste. Après une période de rejet de toutes les formes musicales populaires importées autres que le folklore et la musique classique, les autorités assignent à la musique jeune un rôle éducatif et social. D'une part, il est bon en effet pour un citoyen de se passionner pour n’importe quel type de musique, parce que l’écoute va former son goût et finalement il apprendra à apprécier des formes meilleures et plus exigeantes; d'autre part, la musique permet au citoyen socialiste de mieux se reposer et donc de mieux travailler et d’être plus productif. Peu importe finalement le contenu, si la musique populaire réalise ces objectifs. Du reste, les chansons rock’n’roll ne brillaient pas par la qualité des textes, en Pologne comme ailleurs. De toute façon la censure contrôlait tous les textes destinés à être prononcés ou chantés lors des grands événements culturels, à la radio, à la télévision et tout ce qui était enregistré sur des disques. Aucun moyen de faire passer des contenus subversifs par des artistes insoumis et dissidents qui n’avaient tout simplement pas de public dans un pays où toute la vie culturelle était financée et contrôlée par l’État. D’ailleurs, les jeunes artistes rock n’étaient pas des dissidents, ceux-là sont apparus vingt ans plus tard et ils n’étaient pas vraiment anticommunistes. Cette situation ne change pas avant les années 1980.
Ainsi, penser les relations entre la chanson et la politique dans un pays totalitaire nécessite avant tout de se débarrasser des idées préconçues et des approximations qui risquent de fausser la réalité historique. La réalité que découvrent les historiens dans les archives est on ne peut plus complexe, très loin de la division binaire communiste-anticommuniste, censure-désir de liberté, propagande-sincérité. Ce risque est réel, ce dont témoigne ce qui se passe actuellement en Pologne, à savoir une véritable entreprise d’héroïsation des artistes rock de cette époque et de leur musique en tant que symboles de l’opposition au régime. Les valeurs du rock se sont révélées finalement longtemps compatibles avec les valeurs du régime. Et en plus toute activité artistique n’était pas politiquement marquée, il est donc impossible d’affirmer, ce qu’on entend souvent, que si en Europe de l’Ouest en aux USA le rock a bouleversé la culture et les mœurs, en Pologne c’était une question politique.
Les années 1980 constituent une période à part, parce que la crise économique et politique de la fin des années soixante-dix et du début des années quatre-vingt a produit un relâchement du contrôle de la part des autorités. C’est de là que l’on peut dater l’apparition du rock engagé, surtout avec des jeunes punk criant leurs textes subversifs, mais qui n’étaient pas plus anticommunistes qu’anticléricaux, anticonservateurs et en général contre toutes les idéologies. Une attitude anarchiste qui a plu au point de donner aux artistes et aux groupes une popularité malgré l’interdiction de se produire dans les circuits officiels, d’enregistrer des distiques ou de passer à la télévision.
La conférence se concentrera donc avant tout sur la chanson populaire en Pologne dans les années 1960-1989 et abordera quelques aspects des relations complexes entre la chanson et la politique dans un régime où en principe toute activité humaine devait contribuer à la création d’un monde meilleur.

Séance 6. Le lundi 4 mai, 17h-19h

Conférence de Marie Goupil-Lucas-Fontaine (sous réserve)